Quel est le lien entre la ménopause et la santé du foie?
Nous avons demandé à la Dre Michelle Jacobson, cofondatrice et directrice médicale chez Coven Women’s Health, de nous expliquer le lien entre les maladies du foie et la santé des femmes, et de nous donner des conseils pour prendre soin de son foie pendant les changements hormonaux liés à la ménopause.
Pour la plupart des femmes, la ménopause est synonyme de bouffées de chaleur, de troubles du sommeil, de sautes d’humeur ou de prise de poids. Rares sont celles qui pensent au foie.
Pourtant, de récentes études indiquent que les changements hormonaux associés à la ménopause peuvent avoir des répercussions importantes sur la santé du foie et le risque de maladies métaboliques. À mesure que nous commençons à comprendre les liens entre les hormones, le métabolisme, l’inflammation et la santé cardiovasculaire, le rôle du foie dans la ménopause attire de plus en plus l’attention.
Le défi, c’est que les maladies du foie sont souvent silencieuses. Beaucoup de femmes développent une maladie stéatosique du foie associée à une dysfonction métabolique (MASLD) sans présenter le moindre symptôme.
Au moment où les symptômes apparaissent, la maladie a souvent déjà atteint un stade avancé.
Quel est l’effet des changements hormonaux sur la santé du foie?
Le foie joue un rôle essentiel dans le métabolisme hormonal, la régulation de l’insuline, la gestion du cholestérol et la signalisation inflammatoire. L’œstrogène, en particulier, semble jouer un rôle métabolique protecteur.
Pendant la période de fertilité, l’œstrogène contribue à :
- Améliorer la sensibilité à l’insuline
- Réguler la répartition des graisses
- Réduire l’accumulation de graisse viscérale
- Favoriser un métabolisme sain des lipides
- Réduire la signalisation inflammatoire
Avec la baisse des taux d’œstrogènes pendant la périménopause et la ménopause, on observe souvent ce qui suit :
- Augmentation de la graisse abdominale/viscérale
- Augmentation de la résistance à l’insuline
- Taux élevé de triglycérides
- Détérioration des profils de cholestérol
- Augmentation de l’inflammation systémique
Ces changements créent un environnement propice à l’accumulation de graisse dans le foie.
Des études indiquent que la prévalence de la MASLD est nettement plus élevée chez les femmes postménopausées que chez les femmes préménopausées, même lorsque l’on tient compte de facteurs comme l’âge et le poids corporel. Certaines études suggèrent également qu’une ménopause précoce pourrait être associée à un risque accru de progression de la fibrose du foie.
Il est important de noter que le risque de maladie du foie ne dépend pas uniquement du poids. Même les femmes actives, en apparence en bonne santé et sans excès de poids, peuvent développer un dysfonctionnement métabolique et une MASLD pendant la transition de la ménopause.
C’est pourquoi les soins de la ménopause ne devraient pas se limiter au traitement des symptômes. La ménopause est une transition cardiométabolique dans laquelle le foie joue un rôle important.
Pourquoi les maladies du foie passent-elles souvent inaperçues chez les femmes?
L’un des principaux problèmes liés aux maladies du foie est qu’elles peuvent évoluer sans symptômes pendant des années.
Les symptômes sont parfois mis sur le compte de la ménopause, ce qui peut retarder la prise en compte de la santé du foie chez les femmes d’âge mûr.
Voici quelques-uns des signes à surveiller :
- Augmentation de la prise de poids au niveau de l’abdomen
- Fatigue ou baisse d’énergie
- Taux élevé de cholestérol ou de triglycérides
- Augmentation de la glycémie ou prédiabète
- Troubles du sommeil
- Hypertension artérielle
- Nouvelle résistance à l’insuline
- Légère élévation des enzymes hépatiques lors d’analyses sanguines de routine
Une maladie du foie plus avancée peut entraîner ce qui suit :
- Gêne persistante dans la partie supérieure droite de l’abdomen
- Gonflements/ballonnements
- Tendance aux ecchymoses
- Jaunissement de la peau ou des yeux
- Fatigue importante ou perte de masse musculaire
Cependant, beaucoup de femmes atteintes d’une stéatose hépatique présentent des enzymes hépatiques tout à fait normales. C’est important. Une analyse de sang « normale » n’exclut pas toujours la présence d’une maladie à un stade précoce.
Autres étapes hormonales qui influent sur la santé du foie
La ménopause n’est pas la seule transition hormonale qui peut changer la donne.
Grossesse
La grossesse met le métabolisme à rude épreuve. Le diabète gestationnel, la prééclampsie et la cholestase de grossesse peuvent être associés à un risque plus élevé de maladie du foie et de problèmes cardiométaboliques à long terme.
Les femmes qui ont eu un diabète gestationnel ou un trouble hypertensif de la grossesse devraient considérer ces complications comme des renseignements importants pour leur santé à long terme, et non comme de simples complications de grossesse qui ont disparu.
Périménopause
La périménopause pourrait être l’une des périodes les plus à risque sur le plan métabolique, alors que les fluctuations hormonales deviennent très imprévisibles.
Voici les signes souvent remarqués :
- Prise de poids au niveau de l’abdomen
- Aggravation de la résistance à l’insuline
- Troubles du sommeil
- Récupération réduite après l’effort
- Modifications de la régulation de l’appétit
Ces changements peuvent contribuer à une détérioration de la santé métabolique plusieurs années avant les dernières règles.
Contraception hormonale
La plupart des contraceptifs hormonaux ne présentent aucun risque pour le foie chez les sujets en bonne santé, mais certains troubles hépatiques peuvent influencer le choix du contraceptif.
Les femmes présentant les pathologies suivantes devraient discuter en détail des différentes options contraceptives avec leur médecin :
- Stéatose hépatique active
- Tumeurs hépatiques sensibles aux œstrogènes (telles que les adénomes hépatiques)
- Troubles cholestatiques
- Cirrhose sévère
Il est important de noter que la contraception hormonale moderne à faible dose est très différente des anciennes formulations, et que bon nombre des craintes liées à la thérapie hormonale sont dépassées ou trop simplistes.
Qu’en est-il du traitement hormonal de la ménopause et du foie?
De nombreuses femmes se demandent si l’hormonothérapie ménopausique est néfaste pour le foie.
En bref, pour la plupart des femmes en bonne santé, l’hormonothérapie ménopausique standard n’est pas considérée comme néfaste pour le foie et pourrait même avoir certains effets bénéfiques sur le métabolisme.
En effet, l’œstrogène semble jouer un rôle important dans la protection contre l’accumulation de graisse viscérale, la résistance à l’insuline et les troubles métaboliques, qui sont les principaux facteurs à l’origine de la stéatose hépatique.
Des études observationnelles ont montré une possible relation entre l’hormonothérapie de la ménopause et les effets suivants :
- Réduction de l’accumulation de graisse dans le foie
- Amélioration de la sensibilité à l’insuline
- Amélioration des profils lipidiques
- Taux plus faibles de syndrome métabolique
Cela dit, cette relation est nuancée. Le type de traitement hormonal, la voie d’administration et les risques pour la santé propres à chaque femme sont des facteurs à prendre en compte. Par exemple :
- Les œstrogènes administrés par voie orale subissent un métabolisme de premier passage au niveau du foie, ce qui peut avoir une incidence sur les facteurs de coagulation, les triglycérides et les marqueurs inflammatoires.
- Les œstrogènes appliqués sur la peau (à l’aide de timbres transdermiques ou de gels) évitent en grande partie le passage par le foie et peuvent être préférables, à faible dose, pour les femmes ayant des facteurs de risque métaboliques ou cardiovasculaires.
- Les femmes atteintes d’une maladie du foie active, d’une cirrhose sévère, d’un trouble du fonctionnement du foie inexpliqué ou de certaines tumeurs du foie rares pourraient ne pas être de bonnes candidates à certaines formes d’hormonothérapie.
C’est là que la prise en charge personnalisée revêt une importance cruciale.
Un autre mythe tenace est l’idée que la prise de poids et les troubles métaboliques associés à la ménopause sont inévitables en raison du vieillissement. Les bouleversements hormonaux associés à la ménopause ne sont pas insignifiants. Pour certaines femmes, un traitement hormonal judicieusement sélectionné peut contribuer à améliorer la composition corporelle, la qualité du sommeil, la sensibilité à l’insuline et la santé métabolique globale.
Quelles questions les femmes dans la quarantaine et la cinquantaine doivent-elles poser à leur médecin?
Beaucoup de femmes n’ont jamais soulevé le sujet de la santé du foie avec leur professionnel de santé. C’est la meilleure période pour amorcer cette discussion.
Voici quelques questions importantes à poser :
- Est-ce que je présente des signes de résistance à l’insuline ou de syndrome métabolique?
- Faut-il surveiller mes enzymes hépatiques ou mes marqueurs métaboliques?
- Est-ce que je présente des facteurs de risque de stéatose hépatique?
- Mes antécédents de grossesse ont-ils un impact sur mon risque métabolique futur?
- Quel est l’effet de la ménopause sur ma santé cardiovasculaire et hépatique?
- Mes médicaments ou ma consommation d’alcool peuvent-ils avoir un impact sur mon foie?
- Des examens d’imagerie ou une évaluation plus approfondie seraient-ils indiqués dans mon cas?
Les femmes doivent également prêter attention aux éléments ci-dessous :
- Tension artérielle
- Tour de taille
- Profil lipidique
- Hémoglobine A1c
- Antécédents familiaux de diabète, de maladie du foie et de maladie cardiovasculaire
La santé métabolique devrait faire partie intégrante de la prise en charge de la ménopause.
Quels ajustements dans notre routine quotidienne peuvent favoriser le bien-être hépatique?
La bonne nouvelle, c’est que les mesures visant à soutenir la santé pendant la ménopause ont aussi des effets bénéfiques sur la santé du foie.
D’après les études, voici les mesures les plus efficaces :
- La pratique régulière d’une activité physique, en particulier la musculation
- La préservation de la masse musculaire
- Un régime alimentaire de type méditerranéen
- La diminution de la consommation d’aliments transformés
- L’amélioration de la qualité du sommeil
- La gestion du stress
- La consommation limitée d’alcool
- La prise en charge de la résistance à l’insuline dès les premiers stades
- La gestion de l’apnée du sommeil, une fois qu’elle est détectée
Même une perte de poids modeste chez les personnes atteintes de stéatose hépatique peut réduire l’accumulation de graisse dans le foie et atténuer l’inflammation.
Cependant, cette discussion ne devrait jamais être réductrice ni culpabilisante. Il ne faut pas attribuer les changements métaboliques liés à la ménopause à un manque de volonté. La biologie hormonale joue un rôle important.
Une idée reçue que j’aimerais voir disparaître
L’une des idées reçues les plus répandues est que les maladies du foie ne touchent que les personnes qui boivent beaucoup. En réalité, la MASLD est de plus en plus fréquente et est étroitement liée à la résistance à l’insuline, à la graisse viscérale, à l’inflammation et aux changements hormonaux.
Une autre idée fausse consiste à croire que la ménopause se résume à ses symptômes. La ménopause est une transition physiologique majeure qui a des répercussions sur la santé cardiovasculaire, métabolique, osseuse, cérébrale et hépatique. Il est crucial de ne plus traiter la ménopause comme un problème secondaire qui touche uniquement la qualité de vie.
Pourquoi ce lien a-t-il été si longtemps négligé?
Pendant longtemps, la recherche sur la santé des femmes s’est principalement intéressée à la reproduction, à la fertilité et à la grossesse. Les maladies cardiométaboliques touchant les femmes ont été moins étudiées et moins financées. Les femmes ont également été exclues de nombreux essais cliniques majeurs pendant des décennies.
Par conséquent, nous commençons seulement à comprendre pleinement comment les transitions hormonales influencent le risque de maladie à long terme dans plusieurs systèmes de l’organisme, y compris le foie.
D’autre part, la prise en charge de la santé des femmes est souvent divisée en domaines distincts :
- Gynécologie
- Endocrinologie
- Cardiologie
- Hépatologie
- Soins de première ligne
Pourtant, le corps fonctionne comme un tout. À l’avenir, la gestion de la ménopause doit être plus globale, appuyée par des preuves scientifiques et orientée vers la prévention. Cette période de la vie est bien plus qu’une étape où l’on gère des symptômes. C’est une occasion de repérer les risques dès le début, de favoriser la santé à long terme et d’aider les femmes à conserver leur vitalité pendant des décennies après la ménopause. Les femmes ne devraient pas avoir à attendre qu’une maladie se manifeste pour découvrir ces liens.